Le Parc de Nacqueville
Historique
La création du Parc de Nacqueville date des années 1830 alors que la construction du Château lui était
antérieure de près de trois siècles.
Ce décalage dans le temps s'explique par le fait que Nacqueville
était, à l'origine, un manoir fortifié dont le mur d'enceinte mesurait six mètres de haut, ce qui
constituait un obstacle à la vue. Dans ces conditions, l'aménagement esthétique des alentours n'offrait
évidemment aucun intérêt.
Le mur d'enceinte fut abattu vers 1700, à l'exception de la poterne qui constitue l'unique vestige de
cette défense, et une magnifique perspective sur la vallée s'offrit alors.
Mais ce n'est que vers 1830
qu'Hyppolite de Tocqueville, dont la femme était propriétaire du domaine, décida de créer un véritable
Parc.
A cet effet, il commissionna un paysagiste Anglais qui réalisa un Parc romantique en incluant les trois
petites vallées qui convergeaient vers le Château et en exploitant habilement les cours d'eau qui les
traversaient.
Durant les quelques années qui suivirent, il compléta brillamment son travail par la création
d'un étang au pied du Château et de cascades et fontaines dans chacune des trois vallées ; le défrichement
de la vallée principale et la plantation d'arbres ornementaux, d'arbustes à fleurs et de plantes exotiques ;
le déplacement de la route d'accès afin qu'elle mène tout droit au Château ; l'extension des bois sur les
terres environnantes et la création de chemins de promenade.
Le résultat de ces différentes modifications impressionnèrent tellement Alexis de Tocqueville, frère cadet
d'Hyppolite, qu'en 1857, il écrivit à son ami G. de Beaumont : "J'étais, avant-hier, chez mon frère
Hyppolite. Ils ont investi assez d'argent et de bon goût à Nacqueville pour en faire l'un des plus beaux
endroits au monde."
En 1880, Hildevert Hersent, nouveau propriétaire de Nacqueville, améliora le système hydraulique qui
alimentait les cascades et les fontaines en régulant les cours d'eau grâce à une série de barrages et
un réseau de conduites souterraines.
Au cours du 20ème siècle, quelques évènements endommagèrent sérieusement le Parc :
- en 1943-1944, l'armée allemande abattit plus de 2.000 arbres afin d'ériger le Mur de l'Atlantique ;
- en 1945, l'armée américaine installa un important état-major à Nacqueville et contribua à la destruction
du Parc en construisant baraquements et parkings ;
- finalement, l'ouragan de 1987 dont les vents soufflèrent jusqu'à 200 km/h ravagea près de 25 hectares
de forêt.
Toutefois, grâce à la beauté de son site, au pouvoir de renouvellement de la nature et aux efforts
incessants de ses propriétaires pour l'entretenir, le Parc de Nacqueville a quasiment retrouvé son
atmosphère originelle. Il demeure l'écrin indispensable du Château qui, en retour, l'anime et l'éclaire.
Visite
Après avoir remonté l'avenue, vous commencerez votre visite en observant sur votre gauche deux immenses
séquoïas de Californie, mesurant chacun plus de 6 mètres de circonférence.
Ils furent plantés vers 1840,
en même temps qu'une vingtaine d'autres. Seul un tiers d'entre eux est encore debout aujourd'hui.
Vous remarquerez également un énorme massif de gunneras, plante originaire du Brésil, dont les larges
feuilles peuvent mesurer jusqu'à 1,50 m au plus chaud de l'été.
En parvenant au point où le panorama vous offre une vue du Château et de la poterne se reflétant dans le
lac, vous serez frappés par le charme qui s'en dégage, caractéristique des manoirs typiques du Cotentin.
Avec leurs murs en granit et leur toiture en pierre, au creux d'une luxuriante vallée couronnée d'arbres,
les constructions forment un ensemble harmonieux et équilibré, très différent d'une forteresse médiévale
ou d'un Château de la Loire.
A votre gauche, vous pouvez admirer un vieux cèdre du Japon (Cryptomeria elegans), lequel, après avoir été
frappé par la foudre et brisé par l'ouragan, s'est vrillé sur lui-même en une forme tout à fait extraordinaire.
Plus haut sur l'Avenue, vous découvrirez la Fontaine Siquier adossée à un vallon escarpé et entourée d'azalée,
de bambous et de lauriers du Portugal (Prunus lusitanica).
Après avoir dépassé des cèdres bleus (Cedrus atlantica Glauca) et un "arbre à singes" (Araucaria arancana),
faites une pause sur le Pont Blanc. D'ici, vous avez une vue fantastique sur le lac et la mer un peu plus
loin. Par temps de brume, les deux étendues d'eau semblent se confondre en une seule.
A vos pieds se trouve
la première d'une série de cascades bordées d'arums et de rhododendrons qui, en juin, lorsqu'ils sont en
fleurs, forment une énorme masse mauve.
Son climat océanique tempéré et son sol acide et tourbeux font du Parc de Nacqueville un endroit propice
à l'épanouissement de nombreuses variétés de rhododendrons et d'azalées.
Certaines espèces sauvages
recouvrent une partie du sol de la forêt et un rhododendron-arboretum de plus de 10 m de haut s'élève
derrière le Château. En avril, il se pare de larges fleurs écarlates.
Aux abords de la bâtisse, vous pourrez admirer d'autres variétés de rhododendrons, d'azalées, de camélias,
de magnolias, ou encore un jardin semi-tropical.
Vous remarquerez également les parterres d'hydrangeas
bleus, plantés en lisière des bois, qui ajoutent une touche de fantaisie et d'élégance au Parc.
Enfin, une double rangée d'arbustes à fleurs borde la terrasse du Château. En jetant un coup d'oeil de
celle-ci, vous apercevrez le Parc sous un angle différent, mais toujours aussi plaisant à regarder.
Vous découvrirez toute la beauté de ce Parc qui témoigne à la fois de sa perfection et de l'amour de
la nature de ceux qui, avec tant de savoir-faire, l'ont créé.